LA NATURE

img00003_redimensionner.jpgEtre et pensée

Chap1 : la Nature

Introduction

Entendons par nature, toute réalité indépendante de la création humaine. C’est-à-dire ce qui n’a pas encore reçu l’emprunte de l’homme. Elle peut aussi se comprendre comme toute réalité comportant en elle-même le principe de son propre mouvement et de son repos. Tout le problème serait donc d’examiner l’essence de la nature ; ce qui revient à interroger le type de rapport que l’homme devrait entretenir avec elle. Ceci dit, comment concevoir la nature ? Quel en est le fondement ? Quels rapports le sujet devrait entretenir avec la Nature, ou le cosmos en général ? Et quels en sont des enjeux ?

 

L’essence de la nature

On a coutume de définir la nature comme tout objet ou être n’ayant reçu aucune modification venant de l’homme. Lorsqu’on parle de la nature, on veut parler du monde dans son ensemble, mais abstraction faite de ce que l’homme y a mis et des transformations qu’il y a faites. Elle comprend donc tout l’univers, l’ensemble des phénomènes naturels tels que les vents, les marées, la course des astres ; elle comprend donc aussi outre la matière, les plantes et les êtres vivants, dont l’homme en tant qu’il est aussi un être vivant. En somme, la nature, c’est l’ensemble du réel, mais ôté de tout ce que l’homme y a fait ou ajouté, c’est-à-dire ôté de tout ce qui est artificiel. La nature, c’est le réel moins l’artificiel. La nature est donc tout ce qui existe indépendamment de l’homme et de ses interventions tandis que l’artificiel est tout ce qui existe par l’homme, ce qui n’aurait jamais vu le jour sans ses interventions.

Or, une telle définition, loin d’être insensée, demeure encore incomplète, puisqu’elle ne nous dit rien sur l’essence même de la Nature. Précisons en effet que, la nature vient du grec physis  qui signifie « mouvement ».  La nature se comprend donc comme le cosmos en mouvement. Bref, le mouvement est le véritable fondement de la nature. La reproduction, l’organisation, la mobilité, la croissance, la respiration, sont là quelques caractéristiques essentielle du mouvement, et donc, de la Nature en général. Aristote dans sa Physique distinguait déjà trois types de mouvements naturels : le mouvement céleste (propre au monde supra lunaire) caractérisé par la circularité parfaite des astres ; et le mouvement physique, biologique (spécifique au monde sublunaire), entendu comme domaine du mouvement imparfait (la variabilité, l’éphémère, l’entropie, …), car, les phénomènes physique n’arrivent pas toujours de la même manière. Et chez les êtres-vivants, le mouvement va de la puissance à l’acte (l’entéléchie) ; c’est-à-dire de la génération à la corruption, de la naissance à la mort.

Delà, on déduit que chaque chose naturelle comporte en elle-même le principe de son propre mouvement et de son repos. Chaque mouvement naturel vise donc une finalité ; un but qui lui confère la nature elle-même. S’agissant des corps lourds et légers, Aristote montre que le caillou tend toujours vers le bas, et la fumée vers le haut, parce que l’un comporte le principe du lourd en lui, tandis que l’autre est animée par le principe du léger.

Par ailleurs, concernant le mouvement des être vivants, Aristote précise que tout être vivant va de la naissance à la maturité, de la maturité à la vieillesse, et de la vieillesse à la mort. Il y a donc un principe de mouvement qui anime tous les êtres vivants : le passage de la puissance (le processus qui conduit à la réalisation d’un être) à l’acte (l’entéléchie, c’est-à-dire la réalisation finale d’un être).  Si tel est le cas, alors quels types de rapport l’homme devrait-il entretenir avec la nature ?

Les enjeux du rapport de l’homme à la nature

Le terme enjeux n’a de sens que s’il exprime ce qu’on gagne ou ce qu’on perd à l’issue d’une action consciemment élaborer. Ainsi, parler des enjeux du type de rapport que nous entretenons avec la nature, revient à examiner ce qu’elle nous apporte concrètement ; autrement dit, les avantages ou les inconvénients que nous tirons non seulement de la consubstantialité naturelle, mais aussi de notre rapport conflictuel avec elle. En claire, il s’agit de savoir en premier lieu ce que l’harmonie avec la nature nous apporte, y comprit ce qu’elle nous enlève ; mais aussi de savoir si, à défaut de vivre en harmonie avec elle, il ne serait pas opportun d’envisager un autre type de rapport : le conflit. Voir si, la conflictualité qui participe de l’auto construction de l’homme, ne participe pas aussi de sa destruction.

Précisons que le rapport de l’homme à la nature dépend de l’idée qu’il se fait d’elle; autrement dit, c’est notre vision du monde qui justifie le type de rapport que nous entretenons avec la nature. Ce rapport peut être harmonieux ou conflictuel.

La relation harmonieuse en effet, est déduite de la conception globale, ou cosmique de la nature. C’est dire que la nature est un Tout unifié, déterminant en son sein les principes et lois de l’advenance. L’homme, le monde physique et céleste sont pour ce fait, des éléments constitutifs de la nature elle-même. Ce sont des microcosmes dans un macrocosme.les êtres-vivants, la matière inerte font partie intégrante de la nature. Delà on déduit que tout ce qui arrive, arrive justement et avec raison. Par conséquent être sage c’est vivre en harmonie avec les lois de la nature. Comment peut-on le justifier ? Les stoïciens pensent qu’il existe une force spermatique qui traverse tous les constituants du cosmos : c’est le souffle du pneuma (la force pneumatique). C’est une force qui donne vie, qui oriente, qui anime, et qui détermine l’action humaine ; c’est un souffle providentiel, celui qui n’oriente nos actes que pour notre bien. De ce fait, si le souffle pneumatique traverse le cosmos et l’anime, cela signifie que le cosmos lui-même intègre son être (l’être du pneuma). Autrement dit, la Nature et la force qui l’anime sont une seule et même chose. Cependant, si le monde en général est une partie de l’Etre, qu’en est-il de l’homme ?

L’homme pour les stoïciens, est également un élément de la nature, ce, parce qu’il est traversé par le même Etre. Il n’y a donc aucune séparation drastique entre le tout et la partie. Car, la partie est l’expression plénière du Tout ; elle est le Tout en miniature. L’homme, bien qu’étant une partie de la nature, exprime également la totalité de cette nature. Le Stoïcien Marc Aurel le résume en ces termes : « Une goutte de vin qui tombe dans la mère s’étend dans l’ensemble de l’univers ». Ce, pour dire que le partie, bien qu’étant partie du Tout, est aussi ce Tout dans sa totalité. Ainsi, après avoir examiné le rapport harmonieux entre l’homme et la nature, il convient cette fois de nous interroger sur ce qu’il nous apporte. En claire, en vivant en harmonie avec la nature, qu’est-ce qu’on gagne ? Les enjeux d’une telle harmonie sont multiples mais on en retiendra trois : l’enjeu existentiel, intellectuel, et morale.

Premièrement, si le souffle divin me traverse c’est que je suis une partie de Dieu ; je suis en miniature ce que Dieu est dans sa totalité. Par conséquent, vivre en harmonie avec Dieu revient à vivre en harmonie avec la nature ; et vivre en harmonie avec la nature, c’est le rester avec soi. Autrement dit, le rapport de soi avec soi, traduit celui de soi avec Dieu, avec le cosmos (la nature dans sa totalité). Pour que l’homme saisisse pleinement l’essence de son être profond, il faut qu’il vive en osmose avec la nature cosmique.

Deuxièmement, cette relation consubstantielle avec le cosmos, nous donne la pleine mesure de ce qui est, de ce qui sera, et nous permettra de connaitre fermement les causes fondamentales de tous les phénomènes naturels ; phénomènes à la fois internes (le rapport entre le corps et l’âme) et externe (le rapport que les phénomènes naturels entretiennent entre eux). Les stoïciens pensent que les hommes sont troublés par les évènements naturels (le tonnerre, les pluies torrentielles, la foudre) parce qu’ils sont ignorants ; c’est parce qu’ils ignorent encore les causes fondamentales de ce qui leur arrive. Or, un sage c’est celui qui connaît parfaitement les lois naturelles, et qui, par voie de conséquence, reste convaincu que tout ce qui se produit dans la nature, se produit pour notre bien. Car, étant une partie de Dieu (de la nature), parce que partageant son énergie, sa force, sa puissance, il est insensé que ce dernier produise des phénomènes dont le but est de nous faire du mal. Tout phénomène naturel comporte toujours une richesse insoupçonnable. Tout ce qui arrive, arrive pour notre bien même s’il n’y a encore personne d’assez mature (celui qui connait parfaitement les lois de la nature) pour le constater. La connaissance de la nature et la vie en harmonie avec ses lois, est d’une importance capitale ; car, c’est par ce moyen que l’homme acquiert l’ataraxie (la paix de l’âme et du corps), pensent les stoïciens.

Troisièmement, si le souffle divin traverse le monde et l’anime, c’est qu’il nous traverse aussi. Par conséquent, le souffle spermatique qui est en moi, est le même qui habite mes semblables. Alors, pourquoi faire du mal aux autres si nous partageons la même vie, la même force, la même essence ! La dictature, la tyrannie, l’esclavagisme, le sadisme (celui qui prend du plaisir à faire souffrir les autres), traiter l’autre avec mépris, sont là des actes purement stupides, puisqu’ils sont en contradiction avec les lois de la nature. En claire, détester l’autre c’est détester soi-même. Indigner mon semblable parce que j’ai des biens matériels, et que lui à son tour n’en possède pas, n’est que pure ignorance.

Seulement, fonder le rapport de l’homme à la nature sur l’harmonie universelle pose problème ; puisqu’il s’agit là d’une dénégation de la liberté humaine. Autrement dit, si c’est la loi naturelle, ou Dieu qui détermine nos actes, et qui justifie les relations que nous entretenons avec nos semblables, cela suppose que l’homme n’est plus responsable de ses actes d’une part, et qu’il ne pourra jamais aspirer au progrès d’autre part. Or, il faut jamais oublier que l’homme, bien qu’étant partie intégrante de la nature, ne doit pas s’y réduire ; car, en plus de son caractère naturel, il est aussi un être perfectible. Un être qui par essence est toujours appelé à se faire toujours autre que ce qu’il était auparavant. Tout homme aspire au progrès, à l’amélioration et à l’évolution de son type d’être. Et pour y parvenir, il arrive que ce dernier se détache de la nature pour la dominer en retour, mieux, la transformer. Bref, notre but sera d’examiner le type de rapport que l’homme peut aussi entretenir avec la nature : le rapport conflictuel et ses enjeux

De la relation conflictuelle de l’homme avec la nature et ses enjeux

L’homme est par essence un être libre, et donc perfectible. Etre libre c’est avoir la capacité de choisir, étant entendu que le refus de choisir reste toujours un choix. Choisir c’est décider d’être ce que nous sommes, ou de décider de ne plus l’être. C’est ce pouvoir qui traduit notre perfectibilité. Car, être perfectible, c’est rechercher à chaque fois les voies et moyen de notre existence, de notre être. C’est parce qu’il est perfectible que l’homme s’améliore, et qu’il évolue dans le temps et dans l’espace. On comprend donc pourquoi Rousseau faisait de l’homme un être à la fois « physique et métaphysique » ; autrement dit l’homme a un côté naturel, ceci, par son instinct de conservation (il s’agit de la satisfaction de nos besoins naturels nécessaires à notre survie), mais il a aussi un côté perfectible, puisqu’il se dénature à chaque fois, en vue de répondre efficacement aux nouvelles réalités qui s’offrent à lui. C’est donc la prise de conscience de notre liberté qui anime notre perfectibilité, notre capacité à rompre avec la simple nature, pour donner un nouveau sens à notre être, et à notre environnement immédiat. La conflictualité n’est donc pas un danger existentiel, il est plutôt l’expression de notre essence, celle d’être libre. Celle d’être libre de devenir ce qu’on souhaite être, et de faire de la nature ce qu’on veut. Le rapport conflictuel comporte donc plusieurs enjeux : épistémologique, culturel, politique.

C’est parce que l’homme entretient la conflictualité avec la nature qu’il a pu développer la technique (la technologie). Compte tenu des nouveaux besoins qui se présentent à lui, l’homme fabriquera des outils très complexes, ce, dans le but de combler ses manquements. Par la technique l’homme humanise la nature en y laissant son emprunte. Il ne s’agit plus de subir les lois naturelles, mais il s’agit de lui imposer nos propres lois, de la façonner à notre image. Par la force de la pensée le sujet développe la science, celle qui par la technologie lui permet de dominer la nature et de la transformer. C’est dans ce sens que Descartes affirme : « Par le développement des sciences et des arts, l’homme deviendra comme maître et possesseur de la nature ».

Par ailleurs, ce conflit comporte un intérêt culturel : la culture est entendue comme ce que l’homme crée, ce qu’il ajoute à sa nature. La culture est de l’ordre de l’acquis. En effet, celle-ci naît de notre souci de nous adapter au monde. Les difficultés rencontrées par l’homme dans l’espace et dans le temps le poussent à créer de nouvelles valeurs ; valeurs à la fois morales (la conception du bien et du mauvais),  et esthétiques (le beau et vilain, le goût et le dégoût, le plaisant et le déplaisant…). Avec la culture, l’homme cesse d’être « l’élève » sinon la marionnette de la nature ; il agit plutôt conformément aux valeurs qu’il se donne lui-même. Ce sont ces valeurs qu’il imprimera dans la nature. D’ailleurs, c’est ce qui explique la diversité des modes de vie dans les sociétés humaines. Autrement dit, à chaque culture son environnement propre. Chaque espace est à l’image de la culture qui prédomine en son sein. L’environnement de la Chine est à l’image de la culture chinoise. Celui des mayas traduit celle des mayas.

Enfin le rapport conflictuel peut avoir un enjeu politique. Faire du droit politique une création proprement humaine n’a pas toujours fait l’unanimité dans l’histoire de la philosophie politique. Car, à la suite des stoïciens, Cicéron fera de la République, une institution fondée sur les lois de la nature. Selon lui une loi n’est juste que si elle se conforme à l’ordre naturel des choses. Rechercher le bien d’autrui, et la préservation de sa dignité son là des lois que nous impose la nature. Par conséquent, une loi fondée en raison est celle qui respect ses principes fondamentaux de la nature. Or, un peu plus tard notamment avec les philosophes tels que Machiavel, Hobbes, Locke, Rousseau et bien d’autres, le droit politique ne procède ni des dieux, ni de la nature, il est plutôt celui des hommes eux-mêmes. Ce sont les hommes qui, par convention se créer des lois selon les exigences ou les réalités de leurs temps. La loi n’est ni divine, ni naturelle, elle est contextuelle et conventionnelle. Lois qui peuvent varier selon qu’on passe d’un peuple à un autre. Rousseau le confirme est ces termes : « La loi est l’expression de la volonté générale ». Ce sont les hommes eux-mêmes qui s’accordent librement sur des lois susceptibles de maintenir l’harmonie sociale. Cependant, si le conflit est la condition d’affirmation de notre liberté, doit-on le pousser à son paroxysme ? Le détachement pousser à son plus haut point est-il sans danger pour l’homme ?

La transformation de la nature poussée à son paroxysme : un danger pour l’humanité

Transformer la nature consiste à la dominer, lui imposer nos lois, en vue de la façonner à notre image, ceci, par le développement de la technologie. C’est vrai que la technologie nous permet de nous affirmer dans le monde, et d’améliorer nos conditions d’existence, mais, celle-ci, laisser à elle-même, peut conduire à la destruction de l’humanité. Autrement dit, la science qui libère l’homme est la même qui peut le détruire. Si par la perfectibilité l’homme s’améliore, c’est aussi par elle qu’il s’auto détruit. La technologie nous a permis de transformer la matière, de préserver notre santé (par la médecine), de donner une autre forme à la nature (par la construction des immeubles, et des paysage artificiels), de faire la reproduction artificielle (reproduction in vitro, la manipulation des plantes par les greffes). Mais, c’est aussi la même science qui nous fournit des armes (armes de guerre, armes à destruction massive), non pas pour préserver les hommes, mais de les détruire. C’est avec le développement de la technologie qu’il est possible de créer des bombes biochimiques (créer un virus mortel), celles que nous introduisons au sein des peuples inconscients et pauvres pour qu’ils meurent et qu’ils s’appauvrissent davantage (s’endetter pour soigner la population malade). Et c’est du  même développement technologique (par la mécanisation) que procède le chômage grandissant dans le monde. Car, si la machine fait ce que l’homme aurait pu faire, alors, la force humaine n’a plus de valeur, d’où la politique du licenciement dans les entreprises et usines. C’est dire que par la science l’homme s’est beaucoup plus attacher au développement de la matière, et à la domination de la nature, en oubliant l’essentiel : la préservation de la dignité humaine. Loin de légitimer l’harmonie naturelle prônée par les stoïciens, je pense qu’il faut moraliser la science (la technologie). Moraliser la science, c’est l’amener à préserver l’homme, et non de le détruire. Rabelais a donc raison de dire : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

 

Conclusion

En substance, la nature est de l’ordre de l’inné, ce qui n’a pas encore été modifier, transformer ou façonner par l’homme. Mais le type de rapport que nous entretenons avec la nature dépend largement de l’idée qu’on se fait d’elle, et de celle qu’on se fait de notre propre nature. Si on se conçoit comme partie intégrante de la nature, alors l’harmonie avec elle est légitime ; et si on la conçoit comme réalité extérieur à soi, et qu’on considère l’homme comme un être perfectible par essence, alors, le mieux serait non pas d’y maintenir l’osmose, ou de s’y réduire, mais de la dominer, de la transformer par la science et la technique, ceci, pour l’épanouissement de soi, et pour l’amélioration des conditions de notre environnement existentiel. Mais considérer la science comme aiguillon de l’affirmation de notre liberté, et surtout comme outil de développement de soi et du monde, peut comporter des dangers presqu’irréparables. A cet effet, si l’homme veut affirmer la démarcation avec la simple nature par le développement de la technologie, il doit le faire dans le but de préserver l’humanité, et non de la détruire.

Published in:Uncategorized |on avril 6th, 2011 |

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