Du Rapport en entre philosophie et science: Science et sciences

Rapport Philosophie et SciencePhilosophie et scienceNotre but ici est d’examiner le rapport qui existe entre la philosophie et la science. Ce qui revient à répondre à cinq questions fondamentales : Qu’est-ce que la philosophie ? Qu’est-ce que la science ? Philosophie et science peuvent-elles être entendues comme une seule et même chose ? Ce rapport sciences et philosophie a-t-il encore un sens aujourd’hui ? Sinon, qu’est-ce que la philosophie peut encore apporter à la science ?La philosophie peut être comprise comme la recherche permanente de la vérité. Cette recherche est animée par un esprit critique, c’est-à-dire notre capacité à interroger, et à douter de ce que tout le monde prend pour vrai. L’esprit critique consiste donc à rompre avec la naïveté, les préjugés, et les évidences injustifiées. L’acte du philosopher consiste donc à « ne jamais prendre aucune chose pour vraie sans que je la connusse être telle » dit Descartes dans son Discours de la méthode. Mais l’esprit critique ne se réduit pas au doute, il implique aussi la rupture avec les connaissances reçues ; ceci en vue d’une ouverture de soi aux connaissances nouvelles. Si tel est le cas, alors serait-elle Science ?La philosophie comme science de la certitudeOn entend par science, une connaissance intellectuelle portée sur l’homme, le monde et les êtres. Il s’agit d’une réflexion rationnelle sur la réalité mondaine et extra mondaine. Dans la Grèce antique, Platon identifiait déjà la philosophie à la Science. Pour lui en effet, une connaissance est dite scientifique lorsqu’elle nous donne accès à l’Universel ; c’est dire qu’une vérité n’a de sens que si elle est définitive, immuable (lorsqu’elle nous procure des vérités dont on ne peut remettre en cause). C’est l’immuabilité d’une connaissance qui fonde sa crédibilité scientifique.Or, il n’y a qu’un seul domaine du savoir capable de nous procurer de telles connaissances, c’est la philosophie. Car, c’est elle seule qui permet au sujet de s’élever à la dimension de l’idée intelligible (la vérité en soi), ceci par le moyen de la dialectique : l’une dite ascendante (un discours qui se détache du sensible pour un monde plus vrai et parfait, le monde intelligible) ; c’est elle qui nous permet de saisir la certitude de soi, du monde et des êtres. L’autre quant à elle, entendue comme descendante (après avoir connu le vrai dans le monde intelligible, on redescend dans le sensible, la caverne, pour éduquer les autres) ; elle est pédagogique et éducative. Précisons que la philosophie est science parce qu’elle vise la certitude ; elle seule a la capacité d’ouvrir l’homme aux voies de l’Esprit, et donc à l’Idée vraie, indubitable. Elle nous libère de la doxa (l’opinion), de la naïveté, du vice, ceci pour une ouverture de soi à l’universel situé dans le monde des Idées.  C’est vrai qu’Aristote rejette la conception trop idéaliste de la science chez Platon, mais il reconnait au moins qu’il n’y a de science que celle de l’universel.la variabilité du discours du mathématicien, du physicien, du biologiste ne traduit pas pour ce fait l’antiscience. Ces domaines de connaissance sont bien des sciences, à la seule différence qu’elles ont un niveau d’objectivité plus ou moins faible, parce que dubitable et variable. C’est en cela que la philosophie apparait comme la science mieux adaptée à la certitude ; ce qui fait d’elle la science la plus haute et la plus fiable. 

Le statut scientifique de la philosophie en questionDans la période contemporaine, il y aura comme une distinction entre philosophie et science. Car, la science aura un nouveau statut. Elle ne porte plus sur la chose en soi, l’abstrait, elle portera désormais sur les phénomènes observables, vérifiables. En effet, l’homme, étant un être limité, ne peut connaitre que les phénomènes particuliers qui se succèdent dans l’espace et dans le temps. De ce fait, la certitude  n’est plus à rechercher dans l’en soi, mais dans les phénomènes. Car, avant de connaitre, il faut d’abord sentir. L’intuition et la perception deviennent donc le point de départ de toute connaissance dite scientifique. Le rôle de la raison est de parfaire nos perceptions, ceci, en les conceptualisant, et en leur donnant un caractère universel. Donc, si la philosophie veut encore être une science, il faut qu’elle porte sur le réel, et qu’elle soit en mesure de créer les lois universelles qui le régissent. Car, « au-delà de l’espace et du temps aucune connaissance n’est possible » affirme Emmanuel Kant dans sa Critique de la raison pure.Les positivistes logiques du Cercle de Vienne iront même plus loin en montrant que la philosophie n’est pas une science. Car, pour eux, une connaissance n’est scientifique que si elle comporte des énoncés vérifiables dans l’expérience. Mieux, la philosophie est antiscience puisque les vérités qu’elle recherche ne sont pas de ce monde. Il faut donc bannir la philosophie de la science, car, non seulement celle-ci est abstraite, mais aussi, elle prétend trouver l’universel au-delà du concret, dans un monde qu’on ne voit pas. Deux principes fondent donc une science : l’expérimentation et le rapport du discours au réel concret. Principes que la philosophie est incapable de nous fournir, parce que trop occupée à rechercher les « arrières-mondes ».[1] Wittgenstein dans son Tractatus logico philosophicus donne donc cette injonction aux philosophes : « Ce dont on ne peut parler il faut le taire », car, en science on ne dit que « ce qui doit se dire ». Le discours scientifique doit porter sur le vérifiable et non sur l’universel abstrait de la métaphysique ou de la philosophie.L’autonomisation des sciences : séparation entre Science et sciencesC’est cet esprit d’abstraction qui conduira à l’autonomie des sciences au XIXème siècle.les domaines qui au départ appartenaient à la philosophie se sont détacher d’elle ; ceci, en vue de rompre avec l’abstraction et pour finalement rendre compte de la réalité concrète. La biologie, la chimie, la physique, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie et bien d’autres se détermineront désormais comme sciences à part entière. Cependant, pour que ce détachement et cette autonomie soient effectifs, toutes connaissances dites scientifiques doivent remplir deux conditions :-         Avoir un objet d’étude : c’est-à-dire ce sur quoi porte notre réflexion ; la biologie portera sur le vivant, l’anthropologie sur l’homme dans sa culture et sa civilisation, la sociologie sur les faits sociaux, la psychologie sur l’étude du comportement et des processus mentaux.-         Avoir une méthode de recherche : entendu comme la démarche à suivre pour accéder à la connaissance de l’objet. Les méthodes peuvent être expérimentales, déductives ou argumentatives.Suite au rejet du statut scientifique de la philosophique et à l’autonomisation des sciences qui en découlera au 19ème et 20ème siècle, une inquiétude subsiste : le rapport philosophie et science a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? Parler aujourd’hui de la philosophie comme science serait-il un non-sens ? Les sciences peuvent-elles se passer de la philosophie ?La philosophie comme mère des sciences : elle oriente et moralise les sciencesL’autonomisation des sciences et le refus du statut scientifique à la philosophie, ne suffisent pas à faire d’elle une antiscience, ou une non-science. S’il y a une chose que les contemporains et les positivistes logiques ont oubliée c’est que : la philosophie n’est pas une science, mais elle est Science. On parle d’une science lorsqu’elle s’attache à un objet d’étude particulier et à une méthode de travail spécifique (unique). C’est dans ce sens que la biologie, la physique, la chimie, l’anthropologie sont appelées des sciences particulières ; puisque chacune d’elle étudie un objet spécifique qui n’est pas à celui des autres. Or, la philosophie est la Science en générale ; elle n’a pas d’objet spécifique tout comme elle ne comporte pas une méthode unique. La connaissance de soi, du monde, des êtres, et même du non-être intéresse la réflexion philosophique, et les méthodes utilisées par les philosophes pour les appréhender ne sont pas les mêmes. Elles varient selon les aspirations de chaque penseur.C’est cet intérêt que la philosophie accorde à toutes les dimensions de l’existence et de la non-existence qui fait d’elle : la mère de toutes les sciences. Elle est la matrice de toutes les sciences ; elle n’est pas une science (particulière), mais la Science (dans sa totalité), c’est-à-dire que toutes les sciences que nous voyons aujourd’hui sont nées en son sein. Car, à quoi ressembleraient les mathématiques aujourd’hui sans le théorème de Thales, Pythagore ? Serions-nous en mesure de parler de psychologie si Aristote n’avait pas posé le problème de l’âme (de Anima) ? Et si Démocrite et Leucippe n’avaient pas réfléchi sur l’atome, la mécanique quantique aurait-elle été possible aujourd’hui ?  Quelle valeur aurait l’astrophysique si on fait abstraction de la théorie de la relativité d’Einstein, de la pesanteur chez Newton, et de la révolution tellurique et sidérale chez Galilée ? L’algèbre aurait-elle été accessible si Descartes n’y avait pas  introduit les inconnus (x,y,z) ? Sans oublier Blaise Pascal avec l’invention de la calculatrice scientifique, et la création des probabilités en mathématique (sa question fondamentale était : comment calculer à partir du néant ; ce qui fait probabilité la science des éventualités). Tels sont les exemples qui, parmi tant d’autres, prouvent l’immensité scientifique de la réflexion philosophique.Si tel est le cas, alors serait-il légitime de séparer philosophie et sciences particulière ? C’est-à-dire, séparer la Science et les science ? Cette séparation n’est pas légitime. Car, séparer Science et les sciences revient à séparer la mère et son enfant. Séparer entendu comme l’acte qui consiste à dire que l’une n’a rien à voir avec l’autre ; tout comme il (enfant) ne peut rien tirer  d’elle. Or, la négation drastique de notre mère revient à se renier soi-même.il en va de même pour le rapport Science et sciences : une science qui renie la philosophie, se renie donc elle-même. Et la négation radicale de soi est la pire des ignorances. De ce fait, en quoi les sciences auraient-elles besoin de la Science ?Toutes les sciences ont besoin de la ScienceElles en ont besoin, car la philosophie crée constamment des concepts qui orientent, harmonisent, régulent l’investigation et le progrès scientifique. Des concepts qui disciplinent notre raison dans les sciences. Le faillibilisme, le probabilisme, le rectificationnisme rationnel, l’intersubjectivité dans la confirmation et l’infirmation des théories scientifiques, sont là des concepts qui, élaborés par des philosophes épistémologues, contribuent largement à l’épanouissement de l’homme et au progrès des sciences aujourd’hui. La philosophie devient donc une pédagogie des sciences, parce qu’elle est Science.La philosophie est aussi la morale de la science, car c’est elle qui rappelle à chaque fois la finalité primordiale de l’intellect, celle de pérenniser le respect de l’homme et de son infini liberté. Les sciences, loin de détruire l’homme doivent tout faire pour l’appréhender au mieux et préserver sa dignité la plus absolue ; celle d’être un homme libre, capable de choisir les voies et moyens de son être et de son mieux-être.Telles sont les deux grands éléments parmi tant d’autres que la philosophie apporte aux sciences particulières. Des apports qui nous amènent à accepter cette affirmation de Rabelais : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ; la pensée scientifique ne doit pas être abandonnée à elle-même, elle doit plutôt être conduite et orientée par la philosophie.


[1] Expression qu’utilise souvent Nietsche pour condamner la métaphysique

Published in:Uncategorized |on février 25th, 2011 |

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